Une vulnérabilité que le Québec peut corriger

Lettre ouverte publiée le 8 avril 2026 dans Lapresse.

Catherine McKenna
PDG de Climate and Nature Solutions, fondatrice de Women Leading on Climate et ancienne ministre fédérale de l’Environnement et du Changement climatique, ainsi que ministre des Infrastructures

Catherine McKenna

Marine Thomas
Directrice générale du Partenariat climat Montréal

Marine Thomas

Ces dernières semaines, le conflit impliquant l’Iran a paralysé l’une des artères énergétiques les plus vitales au monde. Le trafic des pétroliers dans le détroit d’Ormuz a considérablement ralenti, les prix du pétrole ont dépassé les 100 $ le baril, et les gouvernements s’efforcent de stabiliser l’approvisionnement. Ce qui peut sembler être un conflit lointain est, en réalité, un choc économique immédiat auquel le Québec, comme toute région dépendante du pétrole, ne peut échapper.

Chaque choc sur les marchés mondiaux du pétrole se répercute ici sous forme de coûts plus élevés, de sorties de capitaux et d’un rappel brutal que l’économie de la province dépend encore largement d’une énergie que les Québécois ne contrôlent pas.

Pourtant, bien qu’il soit un important exportateur d’électricité propre, le Québec affiche toujours un déficit commercial énergétique international d’environ 14 milliards de dollars par an, ce qui lie directement les consommateurs et les entreprises à des marchés volatils et géopolitiquement instables.

C’est précisément cette vulnérabilité que la transition vers les énergies propres commence à résoudre. Les investissements dans ces énergies ont atteint 2300 milliards de dollars à l’échelle mondiale en 2025.

Dans ce contexte, le Québec se démarque. Plus de 90 % de son électricité est d’origine renouvelable, principalement hydroélectrique, avec une capacité éolienne en pleine croissance, et 42 % proviennent de sources renouvelables locales. Peu de territoires peuvent rivaliser avec cette combinaison d’une énergie à faible empreinte carbone, fiable et maîtrisée localement.

Mais avoir un avantage ne revient pas à exercer un leadership.

Un retard à rattraper

Malgré ses atouts, le Québec prend du retard dans la nouvelle révolution électrique. La part de l’électricité dans son mix énergétique stagne depuis 35 ans. Le pétrole représente toujours environ 35 % de la consommation d’énergie, le gaz naturel y ajoutant 17 % supplémentaires.

Et malgré un large consensus entre les partis de l’opposition, les experts, l’industrie et les groupes environnementaux, le gouvernement québécois a repoussé à 2035 son objectif de réduction des émissions. Plus inquiétant encore, après s’être engagés en 2022 à mettre fin à l’exploration et à la production de combustibles fossiles, certains politiciens rouvrent la porte à la fracturation hydraulique pour le gaz naturel.

Le Québec doit investir dans l’électrification complète de son économie et consolider son avantage en matière d’énergie propre pour atteindre une véritable autonomie énergétique.

Avec une électricité propre et abordable appartenant aux Québécois, la province peut réduire sa dépendance aux combustibles fossiles importés, décarboner des secteurs clés, développer la production de batteries et d’aluminium vert, et exporter de l’énergie propre tout en générant des revenus sur son territoire.

Évidemment, le développement de l’énergie propre n’est pas une mince affaire. La construction de nouvelles capacités hydroélectriques et éoliennes nécessitera des partenariats durables avec les peuples autochtones et les communautés locales – pas seulement des consultations, mais un partage de la propriété et des bénéfices. Cela exigera des investissements majeurs, une accélération des procédures d’autorisation, de nouvelles infrastructures de transport d’électricité et, potentiellement, une collaboration interprovinciale plus étroite, notamment le développement de l’éolien en mer dans le Canada atlantique relié au réseau québécois. Ce sont là des défis complexes, mais ils constituent désormais les principaux freins à la croissance.

Montréal offre déjà un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler un tel virage. La ville voit émerger des initiatives en aluminium à faibles émissions, batteries et électrification, mais une coordination à plus large échelle est nécessaire ainsi que la capacité à la déployer de manière stratégique.

Les évènements récents au Moyen-Orient nous rappellent les coûts de l’ancien système. Le nouveau système offre quelque chose de différent : l’accessibilité financière, la stabilité, la souveraineté et un avantage économique durable. Il est également concurrentiel. Les territoires qui agiront avec détermination attireront les investissements, les talents et les chaînes d’approvisionnement. Ceux qui hésiteront importeront les industries que d’autres auront construites.

Le Québec dispose de tous les atouts nécessaires pour devenir une superpuissance mondiale en matière d’énergie propre s’il en a l’ambition.

L’ancien paradigme énergétique était défini par l’accès au pétrole. Le nouveau sera défini par l’accès à une électricité propre et fiable. La fenêtre d’opportunité est ouverte. Mais pas pour longtemps.